À La Tuque, des parents atikamekw s’inquiètent à l’approche de la rentrée scolaire

Société de Communication Atikamekw Montagnais
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Publié le 29 août 2025

L'École secondaire Champagnat, à La Tuque, accueille de nombreux élèves autochtones.

Photo : Google Street View

Publié à 4 h 00 HAE

Des parents atikamekw appréhendent la nouvelle année scolaire pour leurs enfants à La Tuque. Certains ont exprimé sur les réseaux sociaux leurs inquiétudes à propos de la montée du racisme dans les lieux publics de la municipalité, redoutant que ces comportements se produisent aussi dans les couloirs des établissements scolaires.

Depuis le début de la saison estivale, les tensions montent en Haute-Mauricie, où le racisme découlant de l’opposition des Autochtones au projet de loi 97 se fait sentir dans les lieux publics de la région. Sur les réseaux sociaux, les commentaires négatifs, voire violents, abondent et tous les préjugés concernant les Autochtones sont partagés.

Laurianne Petiquay, directrice générale du Centre d’amitié autochtone Capetciwotakanik, à La Tuque, relate qu’on avait déjà la crainte que ça se passe dans les rues aussi, [...] je ne veux pas dire qu'il n’y en avait pas, de discours racistes dans les rues.

<<Il y en avait déjà avant. C’est juste que ça s'empire.>>

Laurianne Petiquay, directrice générale du Centre d’amitié autochtone Capetciwotakanik

Elle rappelle que le moteur économique de la ville est l’industrie forestière et que le mouvement d’opposition contre le projet de loi 97 qui vise à moderniser le régime forestier touche de nombreuses familles autochtones et allochtones.

Il y a un impact sur les relations entre les citoyens et les Autochtones, explique-t-elle, et à l'approche de la rentrée scolaire, Laurianne Petiquay a reçu des témoignages de parents préoccupés. "Je suis inquiet pour mon enfant, est-ce que mon enfant va entendre des propos racistes?" "Est-ce que mon enfant va être moins fier d’être Autochtone parce qu’il aura entendu des propos racistes?" [...] "Est-ce que c’est un lieu sécurisant encore?" cite-t-elle en guise d’exemple.

Laurianne Petiquay, directrice générale du centre d’amitié autochtone Cepetciwotakanik à La Tuque

Photo : Radio-Canada / Myriam Boulianne

Selon le Centre d’amitié autochtone Capetciwotakanik, environ le quart des élèves dans les écoles de La Tuque sont issus des Premières Nations. L’assiduité de certains de ces jeunes adolescents, selon la directrice, est compromise dans un tel climat. Les jeunes voient ça, c'est sur Internet. Il y a des adolescents qui sont sur Internet et ils voient des propos incroyables.

<<C'est totalement violent.>>

Une citation deLaurianne Petiquay, directrice générale du centre d’amitié autochtone Cepetciwotakanik

<<Retourne dans ta communauté. Retourne chez vous>>

Une mère atikamekw a confié à Espaces autochtones que sa fille aurait subi du racisme et de l’intimidation au cours de l’année scolaire 2024-2025 à l’école secondaire Champagnat à La Tuque.

L’identité de la mère et de sa fille n'est pas divulguée dans ce texte afin de protéger la sécurité de l’étudiante atikamekw.

La mère a constaté dès le début de l’année scolaire 2024 que sa fille ne se présentait pas à ses cours. L’adolescente n’abordait pas les mauvais traitements qu’elle subissait et qui minaient son intérêt pour ses études.

Cette année, je vis de l'inquiétude à l'envoyer, surtout avec les perturbations engendrées par les blocages forestiers.

Les notifications répétées de l'établissement scolaire par messages textes au sujet de l'absentéisme de l'adolescente et une rencontre avec la direction pour discuter de ses absences, ça n'a rien donné, déplore la mère atikamekw.

La jeune fille a continué à faire semblant d’aller à ses cours.

De plus, la direction scolaire a fait un signalement à la DPJ en octobre à la suite des absences répétées et injustifiées de l’étudiante.

C’est seulement à la fin du mois de mars que l’adolescente s'est confiée à sa mère au sujet de l’intimidation qu’elle endurait à l’école en mentionnant qu’elle n’était pas la seule à vivre cette situation.

Elle s’est fait bousculer dans les casiers et elle s'est fait traiter de « kawish », mais tout en choisissant de ne pas se défendre, déplore sa mère.

Je lui ai demandé si [le personnel de l’école] intervenait là-dessus et elle a dit : "oui", mais pas autant qu’elle aimerait comme intervention.

Le Centre d’amitié autochtone tend la main

En voyant la montée des tensions sociales, la directrice du Centre d’amitié autochtone de La Tuque explique qu’elle a envoyé une invitation par courriel pour une rencontre virtuelle aux différentes directions d’école du Centre de services scolaire de l’Énergie afin de trouver des solutions ensemble et rapidement.

Pour elle, l'important est que ces directions d’école qu’elle qualifie de partenairesrépondent adéquatement à ce que vivent les jeunes et les parents dans ces institutions publiques.

Certaines écoles ainsi que le centre de services scolaire ont répondu par l’affirmative alors que d’autres tardent à répondre. Elle espère que cette rencontre aura lieu dans les prochains jours, pas dans plusieurs mois [...] pour éviter que ça se dégrade, car les jeunes méritent d'être dans un endroit sain et sécuritaire.

Dans une déclaration écrite transmise à Espaces autochtones, le Centre de services scolaire de l’Énergie informe qu’il n'accorde pas d’entrevue sur le sujet. Cependant, il soutient que dans tous ses établissements, des plans afin de prévenir toutes les formes de violence et d’intimidation sont mis en place pour favoriser le bien-être à l’école.

<<Aucun geste d’intimidation ou de violence n’est toléré en milieu scolaire, peu importe le motif, la raison ou la situation.>>

Une citation deCentre de services scolaire de l’Énergie

D’ailleurs, selon le Centre de services scolaire de l’Énergie, l’équipe de direction de l’école Champagnat et les intervenants de l’école sont prêts pour la rentrée des élèves et, comme à l’habitude, seront vigilants à toute situation de violence ou d’intimidation.

Le centre de service scolaire ajoute également que la direction de l’école secondaire Champagnat invite les parents à communiquer à tout moment au sujet de leur enfant et l’école assure un suivi au parent.

Des échanges réguliers ont lieu avec les partenaires du milieu comme le Centre d’amitié autochtone de La Tuque, incluant le sujet du retour en classe compte tenu des tensions actuelles dans la communauté.


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