Les blocages imposés en Haute-Mauricie par le groupe Première Nation Mamo sont propices à une hausse des tensions entre les autochtones et les non-autochtones, selon Laurence Petitquay. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Marie-Michèle Bourassa
Publié hier à 11 h 56 HAE
Mis à jour hier à 13 h 51 HAE
Le Centre d’amitié autochtone Capetciwotakanik – La Tuque dénote une hausse de l’intolérance vis-à-vis des Premières Nations dans le contexte entourant le blocus forestier en Haute-Mauricie, après qu’un jeune Autochtone de La Tuque ait été victime d’une altercation à caractère raciste alors qu’il se trouvait dans un restaurant.
Le jeune homme de 21 ans se rendait dans une cantine lorsqu’il a été interpellé par six hommes. Ces derniers lui ont demandé s’il était d’origine autochtone et, après qu’il ait répondu par l’affirmative, l’ont couvert d’insultes racistes.
J’étais fière de lui parce qu’il est resté là, debout, à attendre sa commande, en essayant de ne pas écouter ce qu’ils disaient, a confié la mère du jeune en question, alors qu’elle décrit la situation comme une véritable humiliation.
La peur m’habite depuis cet événement, alors qu’avant, je me sentais bien ici, déplore la mère qui craint pour le retour à l’école de son fils en septembre prochain.
La directrice du Centre d’amitié autochtone, Laurianne Petiquay, observe que les relations entre les communautés se sont dégradées depuis quelque temps, pas seulement en raison des blocages au cœur de la crise dans l’industrie forestière.
On entend des stéréotypes qui persistent par exemple, l’Indien violent, l’Indien saoul, le sauvage, les personnes qui ne travaillent pas, qui ne paient pas d’impôts, etc. Donc pas nécessairement lié directement au blocus, mais à des stéréotypes qui persistent envers les peuples autochtones, explique-t-elle en entrevue à l’émission Toujours le matin.
Ça démontre effectivement qu’il y a de la méconnaissance envers l’histoire des peuples autochtones, ajoute-t-elle.
Selon elle, la situation du jeune homme n’est pas un cas isolé. Ce qui est inquiétant, c’est les propos haineux et racistes qu’on voit beaucoup dans les réseaux sociaux mais qui sont maintenant aussi dans les lieux publics de la ville. Elle indique qu’en réponse à cette hausse, les autochtones de la région se serrent les coudes.
Il y a une certaine solidarité entre eux, c’est quelque chose qu’on voit. Donc maintenant, les jeunes hommes et les jeunes femmes qui subissent ces propos-là vont être solidaires, c’est sûr et certain. On voit aussi beaucoup de dénonciations. Puis nous, on encourage la dénonciation, évidemment, explique-t-elle.
Elle comprend que la situation actuelle, avec les tensions entourant l’industrie forestière, peut être propice à une hausse de ce genre d’événements.
On parle d’accès aux ressources naturelles, toute la question des revendications territoriales, ça révèle des tensions raciales, je dirais beaucoup plus. Peut-être les travailleurs ou les familles de travailleurs, c’est une hypothèse. Je crois que ça crée une certaine division parce que ça touche l’économie, parce que ça touche les ressources naturelles, affirme-t-elle.
Une lettre ouverte pour dénoncer l’intolérance
Plus tard en journée lundi, le Centre d’amitié autochtone Capetciwotakanik-La Tuque a publié une lettre pour dénoncer la situation observée sur le terrain.
Les événements récents rapportés dans les médias ne sont pas des cas isolés : ils s’inscrivent dans un contexte où des enjeux économiques, territoriaux et politiques complexes viennent exacerber les divisions entre les peuples, peut-on lire dans la lettre.
Le centre dit comprendre que la situation est tendue.
Dans un climat tendu, des paroles ou des gestes peuvent blesser injustement des personnes qui ne sont en rien responsables de la situation et qui n’ont rien à voir avec les décisions prises, indique le centre dans sa lettre.
Dans sa lettre ouverte, le Centre d’amitié autochtone appelle au calme et demande que le gouvernement et l’administration municipale se dotent de stratégies pour contrer le racisme contre les autochtones.
Un geste isolé, mais inacceptable
Le maire de La Tuque, Luc Martel, affirme que l’acte dont a été victime le jeune autochtone était un incident isolé. Il se dit contre toute forme de racisme et qualifie l’événement d’inacceptable.
Le ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière, a quant à lui offert une réponse par écrit.
Ma première préoccupation à titre de ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit demeurera toujours d’assurer une cohabitation harmonieuse et de bâtir des ponts entre nations. Il faut faire une différence entre une poignée d’individus et l’ensemble des Autochtones. Il ne faut pas généraliser. Soyons clairs: l’intolérance et le racisme, sous toutes leurs formes, sont inacceptables. Ce qui est décrit est déplorable et ces actions ne doivent pas être tolérées, peut-on lire dans la déclaration du ministre.
Francis Beaudry